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L'anxiété financière n'est pas un défaut de caractère
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L'anxiété financière n'est pas un défaut de caractère

L'anxiété financière n'a rien à voir avec la discipline. C'est la réaction de votre cerveau face à des chiffres qu'il ne peut pas traiter sereinement.

· 7 min de lecture

L’anxiété financière n’est pas un défaut de caractère

Il est deux heures du matin. L’écran du téléphone éclaire le plafond. Vous savez que vous devriez dormir, mais y a ce truc dans votre ventre, ce noeud, cette espèce de poids qui vous a réveillé. Alors vous ouvrez l’appli bancaire. Les chiffres s’affichent. Votre estomac se serre un peu plus fort. Vous refermez l’appli. Vous posez le téléphone sur la table de nuit. Écran face contre bois.

Rien n’a changé. Vous avez juste confirmé que oui, c’est toujours comme ça.

J’aurais aimé qu’on me dise plus tôt que ce geste-là — ouvrir, paniquer, refermer — c’est pas de la lâcheté. C’est votre cerveau qui fait exactement ce pour quoi il a été conçu.

Le lundi soir où tout a basculé

C’était un lundi, je crois. Peut-être un mardi. Les jours se ressemblent quand le stress argent vous bouffe le sommeil. J’étais assis dans mon canapé, ordi sur les genoux, trois onglets ouverts : ma banque, une feuille Excel que j’avais commencée six mois plus tôt et jamais vraiment remplie, et un article qui promettait « 5 étapes pour reprendre le contrôle de vos finances ». Les cinq étapes commençaient toutes par « faites un budget ».

Mon coeur battait trop vite pour un type assis dans son salon.

J’ai fermé les trois onglets. J’ai mis Netflix. Et pendant deux heures j’ai regardé un truc dont je me souviens même plus le nom, avec cette boule dans la gorge qui refusait de partir. Bref. Ce soir-là j’ai compris un truc : le problème c’était pas mes finances. Le problème c’était ce que mes finances faisaient à mon corps.

La peur argent, c’est d’abord physique. Le ventre, la gorge, les épaules qui remontent vers les oreilles. Les pensées viennent après.

Ce que votre cerveau fait vraiment devant un relevé bancaire

Imaginez. Vous êtes à une terrasse de café, un samedi matin. Il fait bon. Vous avez votre café, votre croissant, dix minutes de tranquillité volées au week-end. Et là vous vous dites : tiens, je vais vérifier mes comptes. Juste un coup d’oeil.

Votre pouce glisse sur l’écran. L’appli s’ouvre. Et en une demi-seconde — avant même que vous ayez lu un seul chiffre — votre corps a déjà réagi. Mâchoire serrée. Respiration raccourcie. Le croissant a perdu son goût.

C’est votre amygdale. Ce petit bout de cerveau qui date de l’époque où nos vrais problèmes c’était les prédateurs et la famine. Elle détecte une menace, elle envoie le signal d’alarme, et votre cortex préfrontal — la partie qui raisonne, qui calcule, qui planifie — se retrouve court-circuité. Littéralement. Le sang afflue vers les zones de survie, pas vers les zones de réflexion.

(Mon café était froid quand j’ai compris ça. Je sais pas pourquoi je me souviens de ce détail.)

L’anxiété financière n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de câblage. Quand votre cerveau perçoit un relevé bancaire comme une menace, il active exactement les mêmes circuits que face à un danger physique. Même cocktail chimique : cortisol, adrénaline, tout le pack. Et dans cet état, devinez ce qui se passe quand on vous demande de « faire un budget » ou de « catégoriser vos dépenses ».

Rien de bon.

C’est comme demander à quelqu’un de résoudre une équation pendant qu’un chien lui grogne dessus. Techniquement possible. Pratiquement absurde.

Des chercheurs de l’université de Nottingham ont montré que le stress financier réduit les capacités cognitives de manière mesurable. Pas un ressenti vague. Une réduction de la santé mentale financière qui équivaut, dans certaines études, à une nuit blanche. Vous vous en voulez de pas réussir à gérer vos comptes, alors que votre cerveau fonctionne avec la moitié de sa bande passante. Pas étonnant que ça coince.

La honte, ce truc qu’on rajoute par-dessus

Un dîner chez des amis. Quelqu’un lance le sujet de l’immobilier. Les prix, les taux, tout ça. Et y a toujours cette personne — vous la connaissez — qui dit d’un air décontracté : « Il suffit de faire un budget et de s’y tenir. C’est pas compliqué. »

J’ai senti mes doigts se crisper sur mon verre.

C’est pas compliqué. Comme si les gens qui galèrent avec l’argent étaient juste trop bêtes ou trop paresseux pour aligner des colonnes dans un tableur. Comme si le stress argent était un défaut de caractère, une faiblesse morale, un manque de rigueur.

On vit dans une société qui associe la valeur personnelle à la valeur nette. Qui confond patrimoine et mérite. Qui vous dit « investissez en vous-même » tout en vous culpabilisant de pas avoir épargné assez. C’est violent, en fait. Mais c’est tellement normalisé qu’on s’en rend même plus compte.

Je dis à tout le monde de ne pas avoir honte de leur rapport à l’argent. Honnêtement, moi-même j’ai mis des années avant de pouvoir en parler sans que ma voix tremble un peu. Des années. Y a un écart entre savoir un truc intellectuellement et le sentir dans ses tripes.

C’est un peu comme ça. La honte, c’est une couche qu’on rajoute sur l’anxiété. Vous stressez déjà devant vos comptes, et en plus vous stressez de stresser. Double peine. Le cerveau adore ce genre de boucle. C’est pas qu’il est sadique. C’est qu’il est efficace dans la mauvaise direction.

Le cycle d’évitement (et pourquoi il s’auto-alimente, d’ailleurs)

47 notifications non lues de mon appli bancaire. J’avais compté. Quarante-sept.

Enfin je sais pas si c’est exactement quarante-sept, j’ai pas recompté depuis. Mais c’était beaucoup. Le principe c’est simple : plus vous évitez, plus l’inconnu grandit. Plus l’inconnu grandit, plus l’anxiété monte. Plus l’anxiété monte, plus vous évitez. Boucle fermée.

Bref. C’est pas sorcier. Mais le vivre, c’est autre chose que de le lire dans un article.

Regarder sans comprendre, c’est déjà énorme

Un matin — un jeudi je crois, ou peut-être un vendredi, enfin peu importe — j’ai ouvert l’appli bancaire. Pas pour faire quoi que ce soit. Pas pour analyser. Pas pour « reprendre le contrôle ». Juste pour regarder. Juste pour laisser mes yeux se poser sur les chiffres sans que mon corps parte en mode panique.

J’ai respiré. Lentement. Le genre de respiration consciente que j’aurais trouvée ridicule trois mois plus tôt.

Et les chiffres étaient toujours là. Toujours les mêmes. Mais moi j’étais différent devant eux. Un tout petit peu.

(J’avais entendu un truc dans un podcast — je sais même plus lequel, un de ces podcasts sur le bien-être que j’écoute en faisant la vaisselle — qui disait que le courage c’est pas l’absence de peur, c’est l’action malgré elle. C’est cliché. C’est vrai quand même.)

La santé mentale financière, c’est pas savoir faire un budget. C’est pas connaître la différence entre un PEA et une assurance-vie. C’est pas optimiser vos impôts. La santé mentale financière, c’est pouvoir regarder votre situation sans que votre corps se referme comme une huître.

Et ça, ça se travaille. Pas avec des tableurs. Pas avec des « 5 étapes pour ». Avec de la douceur. Avec de la patience. Avec l’acceptation que votre peur argent est une réponse normale à un monde qui utilise les chiffres comme un jugement.

J’aurais pu mieux organiser cet article. Tant pis.

C’est deux heures du matin, et peut-être que vous aussi vous êtes là, téléphone en main, écran qui éclaire le plafond. Peut-être que vous venez de fermer votre appli bancaire avec cette même boule dans le ventre. Alors voilà ce que j’aimerais que vous entendiez : vous n’êtes pas cassé. Votre cerveau fait son boulot. Mal calibré pour l’époque, d’accord, mais il fait son boulot.

La prochaine fois que vous ouvrirez cette appli, essayez juste de respirer. C’est tout. Le reste viendra. Ou pas. On verra.


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